11 févr. 2014

Rencontre avec... Cathy Dutruch

La Sauterelle Tactile a rencontré la plume de Cathy Dutruch à travers « La Petite Musique du Monde » publié chez La Souris Qui Raconte. Une rencontre qui marque, qui touche si juste et si fort, une rencontre dont on se souvient encore parfaitement cinq mois plus tard grâce à la vérité de l’histoire, la sensibilité des mots, la puissance du récit et l’adéquation parfaite de l’écrit avec l’image et la musique. Il suffit de fermer les yeux et de tendre l’oreille, la magie opère.

Puisque la raison d’être de la Sauterelle Tactile c’est partager des trésors pour permettre aux enfants extraordinaires de s’épanouir, nous avions de nombreuses questions à poser à Cathy Dutruch. Rencontre avec un auteur que nous admirons…  


La Sauterelle Tactile : Bonjour Cathy Dutruch, merci d’avoir accepté de répondre à nos questions. Nous vous avons découvert à travers le poétique « Ogre-Doux » et l’éclatante « Petite Musique du Monde ». Qu’est-ce qui vous a donné le goût de l’écriture ?

Cathy Dutruch : Le goût de l’écriture m’est venu très tôt ; comme une nécessité pour pouvoir retranscrire, raconter dès l’enfance, mon émerveillement ou mes chagrins. J’écrivais pour dire ce que je voyais, pour le partager. J’avais le goût du voyage, même dans le jardin d’à côté. J’étais déjà un auteur d’images, je crois. Donc, pour préciser, le goût et le plaisir d’écrire me sont venus dès l’âge de 7 ou 8 ans, je dirais…


La Sauterelle Tactile : Combien de livres (supports papier et numérique) avez-vous publié pour la littérature jeunesse ? D’où vous vient cette envie de partager vos histoires avec les plus jeunes ?

Cathy Dutruch: Une  dizaine, douzaine ? je dirais… Même si je vous avouerais n’avoir jamais compté. Pourquoi ? Parce que je trouve que cela représente peu de publications en comparaison des dizaines et dizaines d’histoires, textes, etc… qui dorment dans mes tiroirs.
L’envie de partager ce que l’on écrit est toujours indissociable de la peur de ne pas être apprécié, j’avoue que je suis un auteur qui travaille, ou plutôt qui fignole, son écriture, et lorsque les refus vous reviennent d’un éditeur, ça fait toujours un peu mal… Les goûts et les couleurs ! Lol ! Ceci dit, j’aime partager avec les enfants ce voyage en terre imaginaire, je pense surtout à ça, lorsque j’écris. Il y aura au moins un enfant à qui mon histoire va plaire, il ne l’oubliera pas tout de suite, elle l’accompagnera un bout de chemin…



La Sauterelle Tactile : Quels souvenirs gardez-vous de vos lectures de jeunesse ? Aviez-vous un livre préféré en particulier que vous chérissez encore aujourd’hui ?

Cathy Dutruch : Je lisais énormément et à peu près tout ce qui me tombait sous la main ! Chez ma grand-mère, même des romans photos et des romans à l’eau de rose, empilés ou cachés sous l’escalier, des livres et essais politiques chez mon autre grand-mère, des romans policiers, des tas de bouquins, ma mère en avait énormément aussi et parfois, je n’y comprenais rien mais j’adorais les mots ! Puis j’ai fait des découvertes « majeures » comme, étant enfant, « Le voyage de Nils Holgersson à travers la Suède » et plus encore « Les oiseaux » de Tarjei Vesaas. Littérature nordique, lol ! J’étais dingue aussi de la littérature russe, totalement dingue ! Et la poésie aussi, enfin tout, j’adorais tout lire. Maintenant aussi, d’ailleurs, cela n’a guère changé. Et j’ai toujours un faible pour la littérature d’Europe du Nord ou de l’Est.


La Sauterelle Tactile : Dans « Ogre-Doux » et « La Petite Musique du Monde » publiés chez la Souris Qui Raconte vous abordez des thèmes complexes de manière subtile, délicate et forte comme le sens de la vie, l’inconnu, la différence et l’amour, qu’il soit maternel, paternel ou encore amical, quel message souhaitez-vous transmettre à vos lecteurs ?

Cathy Dutruch : Bon, là il faut être très très clair. En règle générale, jamais je ne parle ou n’écris en fonction d’un « message » à faire passer. Peut-être que ce n’est pas « normal » pour un auteur, mais moi les « messages » ça m’énerve un peu. Chacun doit trouver dans la lecture, du plaisir et s’il y a message, dans mes histoires, c’est  involontaire. Je dois être un auteur très tête en l’air… Je le sais bien, pourtant, que des messages existent bel et bien, mais je ne fais pas de prosélytisme, en rien. Je ne cherche pas convaincre, à influencer. Soyez libres, serait le seul message, s’il devait y en avoir un.

Mais en approfondissant le sujet, oui, dans tous les livres jeunesse, il y a message, pourtant…ça m’ennuie un peu…Il y a même un « business » du message ! J’ai relu un jour un de mes livres en me regardant de travers, pour cette raison, cela m’a un peu agacé qu’on puisse croire que je voulais donner des leçons de vie. Pour « La petite musique du monde » c’est un peu différent, je vous en parle ensuite.


La Sauterelle Tactile : Dans « Ogre-Doux » votre texte se marie et interagit avec les illustrations et offre au lecteur une expérience surréaliste où les mots sont des images et les images presque des mots, comment se passent vos collaborations avec les illustrateurs ?

Cathy Dutruch : Chez La Souris qui Raconte, par exemple, ça se passe bien parce que le choix qui est fait ou proposé par La Souris est réfléchi, les essais sont discutés ensemble… Avec certains éditeurs papier, ça se passe comme cela aussi mais avec d’autres, j’ai eu des expériences douloureuses, j’ai pris connaissance des illustrations le jour où le livre est sorti, presque ! Chez d’autres, je suis consultée à chaque dessin ou presque, on se parle avec l’illustrateur, c’est super, ça ! Pour moi le livre est un travail d’équipe. C’est magique, de découvrir ce que dessine l’illustrateur, votre personnage prend vie, c’est super !

La Sauterelle Tactile : Vous avez également publié chez La Souris Qui Raconte « La Petite Musique du Monde », une histoire numérique disponible sur tablette et en ligne qui est probablement l’histoire numérique qui a le plus touchée la Sauterelle Tactile par ses mots. Comment est né Victor sous votre plume ?

Cathy Dutruch : Merci, merci, merci d’avoir été touchés par ce texte !
Victor est né pour de vrai, un jour, dans une famille que je connais. Il y a eu tant de souffrance, dans cette famille-là, qui vivait chaque jour scolaire comme une guerre ou un naufrage. Et il y avait de quoi ! Quand on n’entre pas dans le moule, le modèle de l’école publique pour fabriquer hélas, souvent, de la chair à consommateur et de la chair à citoyen bien-comme on veut –qu’il fonctionne, alors, tout s’écroule dès l’entrée à l’école.
Tout s’écroule, parce que les parents ont les yeux du système, braqués sur eux et que la grande machine à broyer les admirateurs de papillons ou de colibris se met en marche, jusqu’au bout du bout. Victor est né de ça, de mon regard sur les petits Victors, ma souffrance aussi à constater que notre société est  bien incapable d’accepter même l’idée de parcours différents, sans juger, sans préjugés et j’en aurais long à dire… J’ai mis, je crois toutes mes tripes dans cette histoire. Je l’ai même dédiée à une institutrice en pensant qu’elle serait touchée et accueillerait dans ses bras tous les Victors… Je ne suis pas sûre qu’elle ait lu l’histoire ! En revanche, ça je peux vous l’affirmer, tous les Victors l’ont lue, ou on leur a lue, l’histoire, et l’ont aimée ! Elle existe pour les protéger cette petite musique du monde ! Et là, oui ! Vous voyez, il y avait bien un message !


La Sauterelle Tactile : Puisque la Sauterelle Tactile se spécialise dans les applications pour les enfants extraordinaires, l’expérience de Victor à l’école évoque de nombreux sentiments chez elle et certainement aussi chez ses lecteurs. Vous qui avez été enseignante, quelle est votre vision de l’éducation pour tous ?

Cathy Dutruch : L’éducation pour tous ? Mais ça n’existe pas ! C’est qui, tous, pour vous ? Et vous le savez bien… J’ai du mal à aborder ce sujet sans m’emporter, c’est un fait !
Je voudrais bien dire aussi, que si c’est si difficile, l’école, pour certains enfants, c’est que pas grand-chose n’est fait pour  aider vraiment les enseignants.
Le courage, beaucoup d’enseignants l’ont. Et ceux qui ne sont pas faits pour ça, ne devraient absolument pas être dans des classes ! Voilà tout. Mais j’insiste, là-dessus, il ne faudrait pas avoir peur de dire à certains, si vous êtes là par défaut, alors changez de métier.
Nous vivons une époque de camouflage et de déni, de faire semblant, effets d’annonces politiques et poudre aux yeux, sans parler des réformes des villes inapplicables ailleurs… Alors forcément, on ne peut pas avancer, ni changer les choses, ni construire durablement à partir de belles idées, généreuses, audacieuses et créatives.
Il me paraît à moi, que c’est l’intérêt, le bien-être, le bien dormir, le bien vivre, le bien manger, le bien apprendre, de l’enfant qui devrait être prioritaire et ce n’est presque jamais, le cas, à cause de l’économique. Dans d’autres pays, les choses ont été bien faites et ils vivent aussi dans l’économie, non ? Alors pourquoi, en France, on ne fonctionne qu’avec des rafistolages démagogiques ou des cache-misères ?
Il y a une souffrance dans les écoles, en ce moment, qui est je crois, très minimisée. Souffrance des enseignants (cette année j’en ai entendu beaucoup qui préparent leur départ, leur reconversion), souffrance d’enfants…J’espère que les choses vont changer. Vraiment, je l’espère, sans y croire toutefois, tant que les politiques seront dans le déni.



La Sauterelle Tactile : Si je vous dis « Libre », qu’est-ce que ce mot évoque pour vous ?

Cathy Dutruch : Libre, c’est ce qui va disparaître si on n’est pas extrêmement vigilants. Libre, c’est justement pouvoir choisir sa route et son chemin, sans être l’esclave d’un mode d’emploi, d’un « prêt-à-vivre » ou à penser. Libre, c’est aussi pouvoir dire non. Libre, c’était aussi cela, l’enfance !
L’enfance est entrée en esclavage, depuis.
(Je sais, vous devez penser que j’exagère !)
Esclavage de la compétition, le stress, la pression du système, la pression des parents, la peur des notes, le spectre de l’emploi ,choisir une orientation professionnelle de plus en plus tôt,etc…)
Je suis une grande défenseuse de la cause des enfants, vous l’avez remarqué, non ?
Libre, c’est aussi pouvoir apprendre, tous et partout, et voilà aussi votre réponse à l’éducation pour tous, une vraie égalité des chances. Ce qui n’est pas le cas.


La Sauterelle Tactile : L’assemblage de vos mots, des illustrations, de la musique et de la voix de la conteuse fait de vos livres numériques une expérience de lecture unique. Comment abordez-vous l’écriture pour l’édition classique et l’écriture pour l’édition numérique ? Que pensez-vous de chaque support ?

Cathy Dutruch: La Souris qui Raconte, j’en suis fan. Au début, le livre numérique, j’en avais un peu peur, parce que l’idée que l’objet papier n’existe pas dans les mains de l’auteur et du lecteur avait quelque chose de « dépréciateur » auprès  de moi comme de beaucoup de gens. Comme si le travail avait moins de valeur en numérique… J’ai beaucoup évolué (mais si !à tout âge !) à propos du support numérique ! J’adore la réalisation, elle est exigeante et le rendu est splendide vous l’avez dit.
Je suis tellement émue lorsque j’écoute et regarde les histoires chez La Souris !

Lorsque j’ai un livre papier dans les mains, j’ai de l’émotion aussi, bien sûr ! J’adore les livres, j’en ai des milliers, partout dans la maison ! Je peux les collectionner, les tripatouiller, les découper, même parfois, chose que je ne peux pas faire sur l’ordi… En bref, j’aime les deux supports, grâce au petit plus de la lecture du type La Souris, car la lecture en ligne sans voix, sans l’image ne m’accroche pas. Le support ne m’influence pas en tout cas dans mon écriture. Je n’écris pas différemment, pour l’un ou l’autre.



La Sauterelle Tactile : Comment est-ce que votre profession a influencé vos écrits ? Y puisez-vous votre inspiration ?

Cathy Dutruch : Ma profession pourrait  plutôt influencer les enfants que je côtoie puisque je dois sans aucun doute les épuiser et les saouler d’histoires, d’images, d’explications, de légendes, je leur conte aussi bien la vie de Maupassant que la vie d’un homme préhistorique ! Bref, avec moi, tout dure des heures !
Ils ont l’air d’apprécier, mais il faudrait interviewer les enfants qui apprennent  à écrire avec moi ! A l’heure actuelle, j’ai une chance incroyable, je travaille uniquement sur des projets de littérature, écriture et langue française, projets qui sont construits avec les enseignants demandeurs et motivés. Cette année, par exemple, je travaille dans une petite école rurale que j’adore, c’est un projet sur le thème de la peur, en cycle 3.
Nous écrivons, apprenons des techniques, c’est utile aussi, la technique ! Nous découvrons des auteurs, étudions des œuvres, des films, on réalise aussi une immense affiche « narrative » (dessins) et enfin, j’ai eu envie de leur faire réaliser aussi une boîte-univers. Leur histoire sera lue à partir de ce qu’ils auront collecté et disposé, inventé, créé, fabriqué, dans cette boîte. C’est absolument magnifique, ce qu’ils font !


La Sauterelle Tactile : Où et comment écrivez-vous ? Avez-vous un endroit, un stylo ou une façon de procéder préférée ?

Cathy Dutruch : J’écris sans aucun doute par périodes. J’écris dans les pièces à vivre de ma maison.
Je me suis récemment organisé un petit bureau sympa, dans lequel, en fait je n’écris jamais !!!! Je n’ai pas de façon de procéder, car je crois qu’en fait, l’histoire se fait avant tout pendant des semaines dans ma petite tête et lorsqu’elle est prête, le stylo glisse tout seul…(stylo ou touches du clavier ?)
Je réponds à cette question que vous ne posez pas. Je prends des notes, oui, souvent au stylo dans des tas de carnets mais je tape absolument tous mes textes sur l’ordi.


La Sauterelle Tactile : Quels sont vos projets à paraître ?

Cathy Dutruch : Un recueil de nouvelles pour adultes en attente…Mais pas sûr non plus et un livre à paraître chez La Souris qui raconte : « Pour tout l’or du monde » ça va être une petite merveille ce livre numérique, je vous l’annonce, une petite merveille !
Pour le reste, rien n’est sûr à ce jour, donc je ne dis rien d’autre… Je me suis consacrée cette année exclusivement à mon travail dans l’école où j’interviens.



La Sauterelle Tactile : Comment suivre votre actualité et pourrons-nous vous rencontrer prochainement au détour d’un salon ou d’une librairie ?

Cathy Dutruch : Les salons ? Houlala, mais c’est que je ne suis que très très très rarement invitée !!!! Les librairies, pas depuis un moment non plus…Je reste dans mon coin, je ne cherche pas à être très « publique »…On ne s’intéresse pas tous les jours à mon écriture…qui est un peu exigeante… Je ne me montre pas beaucoup non plus, je ne frappe pas aux portes…J’ai certainement tort.
En ce qui concerne mon actualité, j’ai ouvert une page Facebook, ça s’appelle « La Fourmi Sa Voisine » et j’y écris tous les  jours, c’est mon petit magazine à moi, c’est un espace gratuit de lecture pour qui aime ma plume…Venez donc m’y rejoindre, c’est un pays où la poésie est libre. J’ai l’intention de publier aussi mes textes de cette façon là.





La Sauterelle Tactile souhaite remercier Cathy Dutruch pour sa sincérité. Ses mots nous font du bien et c'est avec plaisir que nous vous proposons de découvrir une sélection de ses ouvrages: 
  • L'enfant qui avait une mésange sur la tête aux éditions d'A Côté
  • L'arbre à voeux, aux éditions Millefeuille,
  • Mais que fait ce loup-là? Aux éditions Point de suspension
  • Ma famille du bout du monde, aux éditions pour penser à l'endroit
  • Jules et Julie, aux éditions pour penser à l'endroit
  • On ne jette pas les bisous à la poubelle, aux éditions la maison de Léna,
  • Le porteur de bonnes nouvelles, aux éditions Alzabane
  • Côté nuit, côté jour aux éditions Alzabane,
  • Contes de Noël, éditions Hemma
  • 24 merveilles pour Noël, éditions Hemma,
  • "Roumanie", Collection "enfants d'ailleurs, éditions La Martinière Jeunesse,
  • La ville aux trésors, aux éditions Quadrat, Bucarest, collectif d'écriture avec mes élèves.
  • Poèmes et contes aux éditions des deux coqs
  • La Petite Musique du Monde, La Souris Qui Raconte
  • Ogre-Doux, La Souris Qui Raconte



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